Dans l’enseignement, elles semblent si peu dignes de paraître parmi les hommes à la plume illustres qu’il a fallu attendre 2017 pour que Madame de Lafayette entre au programme du baccalauréat. C‘est elle, au XVIIe siècle qui a lancé la veine du roman psychologique, une nouvelle voie littéraire. Toutes les plumes célèbres l’ont ensuite suivie. Ces femmes qui nous ont légué un héritage culturel, on les nomme aujourd’hui, femmes du Matrimoine. Néologisme ? Pas du tout. Le mot Matrimoine existe depuis le Moyen-Age. Jusqu’au XIVe siècle, il désigne dans les contrats de mariage, les biens de chacun des époux, déposés dans la corbeille nuptiale. Deux patrimoines venus des pères et deux matrimoines venus des mères. Le terme patrimoine a connu une belle fortune, si l’on peut dire, élargi à un sens culturel. De son côté, le terme matrimoine a disparu.

Pourquoi faut-il se réapproprier notre Matrimoine? Pour réparer une injustice ? Pour découvrir de nouvelles sources d’inspiration ? Bien sûr. Mais surtout pour nous réapproprier notre corps social. En rendant les femmes invisibles dans l’espace public, l’Histoire et les institutions nous coupent de la chaîne des créatrices, des découvreuses, des héroïnes avant nous. Que fait un créateur? Il renouvelle de façon personnelle et originale les recherches qui l’ont précédé. Son œuvre s’inscrit dans un courant, en initialise un autre ou s’oppose aux créations antérieures. Il est légitimé. Quand l’Histoire ne retient pas les créatrices du passé, elle barre l’œuvre à toute légitimité. La création féminine, même célébrée pour un temps, semble surgir du néant. Elle a tous les risques d’apparaître à la longue – ou tout de suite – de moindre valeur que celle d’un homme. Elle entre dans la catégorie des œuvres secondaires, éphémères.

Il faut peupler la mémoire collective des figures du passé. Il suffit de creuser un peu pour les trouver, qui affleurent.